Mercredi 31 août 2011, à l’occasion de la remise du 11e Prix du roman Fnac, le PDG de la Fnac Alexandre Bompard a clairement mis en garde le monde du livre français face au danger de monopole que représentent les géants américains : Amazon, Apple et Google.
« Leur stratégie est claire : pratiquer une politique de prix très agressive, en niant la valeur du contenu, dans l’unique but de recruter de nouveaux clients (…)
En fixant leurs prix, les grands distributeurs américains, tels qu’Apple et Amazon, se trouveraient dépositaires d’une politique de prescription de l’offre qui échapperait définitivement aux éditeurs, lesquels sont les seuls aptes à initier une véritable politique éditoriale »
Le parlement français a voté en mai dernier une loi sur le prix unique du livre numérique qui s’impose pour les revendeurs situés en France et les clients situés également en France. Cette notion de territorialité n’a pas de sens quand il s’agit de fichiers numériques. Il appartient avant tout aux éditeurs français de résister, mais est-ce possible face au marché que représentent pour eux les trois revendeurs américains ? Amazon a lui seul occupe 80% des ebooks vendus aux Etats Unis et en 2010 ils ont vendu d’avantage de livres électroniques que de livres papier (hors livres de poche).
Face à ces enjeux, peut-on envisager uniquement une politique protectionniste difficile à mettre en œuvre et à faire appliquer ? La loi franco-française risque déjà d’être remise en question par l’Europe et elle ne protège en rien les revendeurs français contre des revendeurs étrangers. Alexandre Bompard évoque le cas de la musique :
« Rappelez-vous ce qui s’est passé dans le secteur de la musique. Et nous sommes bien placés à la Fnac pour en parler »
Un prix de vente nul ou presque
En réalité, une lois économique nouvelle semble s’appliquer pour tout ce qui touche au numérique et aux produits dématéralisés : le prix de vente tend vers zéro. La musique semble en apparence avoir sauvé les meubles, notamment sur le modèle d’Apple et de son iTunes Store. En apparence seulement ! Apple a vendu 1 millard de morceaux à 0,99 $ pour un public cible de de plus 275 millions d’utilisateurs (le nombre total d’Ipod vendus par Apple a dépassé cette barre en août 2010). Le moins performant des lecteurs MP3 Apple permet d’embarquer au minimum 250 morceaux de musique. On peut légitimement penser que le nombre total de morceaux que “possèdent“ les utilisateurs dépasse les 70 milliards. Soit au final un prix réel du morceau de 0,015 $… pas nul certes mais pas loin…CQFD.
Face à ces nouveaux enjeux, il est encore temps de se poser les bonnes questions et d’envisager différemment la problématique du prix du livre numérique. Démarche difficile car entraînant une remise à plat de l’ensemble des revenus touchant à la vente de livres : les résistances sont fortes. Il semble acquis que le livre papier ne disparaitra pas. Peut-être celui-ci peut-il servir de support économique permettant dans un premier temps de rémunérer les auteurs. Ensuite, il est indispensable de mener une réflexion économique saine partant du principe qu’à plus ou moins long terme le prix des ebooks sera globalement nul ou presque. Cela ne signifie par qu’il n’y aura plus de livres numériques vendus, au contraire il y en aura de plus en plus. Mais le ratio du nombre de livres vendus sur celui du nombre total de livres téléchargés tendra vers… ZERO !
Crédit photo : © bloomua – Fotolia.com
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